Le Réseau sur les migrations en Afrique australe (SAMIN) exprime sa profonde préoccupationface à la recrudescence inquiétante des sentiments anti-migrants et des actes de violence àcaractère afrophobe observés en Afrique du Sud. Le Réseau condamne avec la plus grandefermeté toutes les formes d’hostilité, de discrimination et d’intimidation contre lesressortissants africains vivant dans le pays.Au cours des dernières semaines, des milliers de citoyens sud-africains ont participé à desmanifestations dans plusieurs grandes villes pour réclamer l’expulsion massive deressortissants étrangers en situation irrégulière. Dans le même temps, des groupesd’autodéfense ont été filmés en train de harceler, d’intimider et parfois de prendre pour cibledes migrants africains. Plus préoccupant encore, cette dynamique semble désormaiss’étendre aux établissements scolaires, où des enfants ont été vus participant à desmanifestations et reprenant des slogans hostiles aux migrants. Cette évolution témoigne d’unebanalisation préoccupante de l’afrophobie au sein de certains segments de la société.Les nombreuses vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont suscité une vive émotion àtravers le continent africain et contribué à alimenter des tensions diplomatiques. Plusieursgouvernements africains ont officiellement exprimé leurs préoccupations, publié des avis devigilance à l’intention de leurs ressortissants ou envisagé des mesures de rapatriement. Cettesituation dépasse désormais le cadre d’un débat national et revêt une dimension continentalequi interpelle l’ensemble des acteurs africains attachés aux idéaux d’intégration, de solidaritéet de fraternité entre les peuples du continent.SAMIN demeure également préoccupé par la réponse du gouvernement sud-africain. Alorsque des actes d’intimidation et de harcèlement largement documentés circulent dans l’espacepublic, certains représentants officiels ont qualifié ces images de « vidéos ou contenusmanipulés » et soutenu qu’il n’existait « aucune attaque xénophobe en Afrique du Sud ». Bienque le président Cyril Ramaphosa et le ministre des Relations internationales et de laCoopération, Ronald Lamola, aient affirmé à juste titre qu’aucune revendication ne sauraitjustifier la violence, la réaction générale des autorités a parfois donné l’impression deprivilégier la défense de l’image internationale du pays plutôt que la protection effective despersonnes vivant sur son territoire.SAMIN estime que la reconnaissance de la réalité de l’afrophobie constitue une conditionessentielle à son traitement. Le déni ou la minimisation du phénomène risquent non seulementd’encourager les auteurs de tels actes, mais aussi de décourager les victimes de signaler lesabus dont elles font l’objet.1Cette situation est aggravée par les difficultés croissantes rencontrées par de nombreuxmigrants africains dans l’accès aux documents administratifs et aux mécanismes derégularisation.
Au cours des dernières années, le département de l’Intérieur aprogressivement restreint plusieurs voies légales permettant l’accès à l’asile, au travail et auséjour, notamment à travers la suspension de certains permis temporaires, la réduction decatégories de visas et l’accumulation d’un important arriéré de demandes en attente detraitement.Comme l’a souligné le révérend Melton Luhanga, président du SAMIN : « Il ne s’agit passimplement d’un dysfonctionnement administratif, mais d’une orientation politique qui aprogressivement fermé les possibilités de régularisation pour de nombreux migrants africainssouhaitant vivre et travailler légalement en Afrique du Sud. »Face à cette situation, le SAMIN appelle les autorités sud-africaines, les organisations de lasociété civile, les communautés locales ainsi que les institutions régionales et continentales àagir de manière concertée afin de promouvoir le dialogue, de combattre les discours de haine,de protéger les populations vulnérables et de préserver les valeurs fondamentales desolidarité, d’unité et de coexistence pacifique qui constituent le socle du projet panafricain. «La plupart des personnes se retrouvent en situation irrégulière non pas parce qu’elles ontdélibérément refusé de respecter la loi, mais parce que les mécanismes légaux censés leurpermettre de régulariser leur situation leur sont devenus pratiquement inaccessibles », aajouté le révérend Luhanga. La grande majorité des personnes ainsi confrontées à cettesituation sont originaires d’autres pays africains.SAMIN ne minimise en aucun cas les difficultés réelles qui alimentent le mécontentementd’une partie de la population sud-africaine. Selon la dernière Enquête trimestrielle sur lapopulation active de Statistics South Africa, le taux de chômage officiel s’élève à 32,7 %,tandis que celui des jeunes âgés de 15 à 24 ans atteint 60,9 %. Le taux de chômage élargi,quant à lui, est estimé à 42,1 %. L’Afrique du Sud fait donc face à des défis socio-économiquesconsidérables. Des années de captation de l’État, de corruption systémique et de dégradationdes services publics ont profondément affaibli les institutions chargées de répondre auxbesoins des citoyens. La frustration exprimée par de nombreux Sud-Africains est à la foisréelle et compréhensible.Cependant, cette souffrance sociale n’a pas été causée par les migrants. Elle résulte avanttout de défaillances structurelles, d’une mauvaise gouvernance persistante et du pillagesystématique de l’état. Ce à quoi nous assistons aujourd’hui est une instrumentalisation decette colère légitime à travers la désignation des migrants africains comme boucs émissaires.Ce phénomène doit être nommé sans ambiguïté : il s’agit d’afrophobie. Certains acteurspolitiques et mouvements anti-immigration détournent l’attention des véritables causes de lacrise en orientant le ressentiment populaire vers les populations les plus vulnérables. Cettedynamique est souvent renforcée par la désinformation circulant sur les réseaux sociaux ainsique par des discours électoralistes fondés sur des programmes hostiles à l’immigration. Lefait que des élèves soient désormais associés à certaines de ces manifestations témoigne dela profondeur avec laquelle ces discours se sont enracinés dans la société.
La criminalisationdes migrants ne crée aucun emploi, ne rétablit aucun service public défaillant et ne permetpas davantage de lutter contre la corruption ou d’exiger des comptes des responsablespolitiques.2Un autre aspect largement occulté dans le débat public est la contribution significative desmigrants au développement économique et social du pays. Loin d’être un fardeau, denombreux migrants africains créent et dirigent des petites entreprises, paient des impôts,comblent des besoins en compétences critiques dans plusieurs secteurs et contribuent à lacréation d’emplois pour les Sud-Africains. Les présenter comme les principaux responsablesdu chômage tout en ignorant leur rôle économique constitue non seulement une contrevérité,mais aussi une narration dangereuse qui nourrit les préjugés et renforce l’afrophobie.Les actes d’afrophobie observés aujourd’hui trahissent l’esprit du panafricanisme et lasolidarité africaine qui ont soutenu la lutte contre l’apartheid. Ils visent précisément desressortissants de pays qui se sont tenus aux côtés de l’Afrique du Sud durant certaines despériodes les plus difficiles de son histoire. À l’approche du Sommet des chefs d’État et degouvernement de la SADC prévu en août 2026, SAMIN appelle les États membres à inscrirede manière prioritaire à l’ordre du jour les questions relatives à la protection des migrants, àla lutte contre l’afrophobie et au respect des principes fondamentaux de l’intégration régionale.L’Afrique du Sud, en tant que membre influent de la SADC et alors que le président CyrilRamaphosa assure la présidence tournante de l’organisation, porte une responsabilitéparticulière dans la promotion de ces valeurs. Cette responsabilité doit se traduire par desmesures concrètes et des engagements tangibles, au-delà des seules déclarationsdiplomatiques. La SADC doit envoyer un message clair et sans équivoque : l’afrophobie estincompatible avec les idéaux de la solidarité africaine.SAMIN appelle donc:• Le gouvernement sud-africain à prendre des mesures urgentes, concrètes et visibles pourassurer la protection des migrants et des ressortissants étrangers présents sur son territoire,notamment en poursuivant en justice les auteurs d’actes de harcèlement, d’intimidation et deviolence, et en renforçant la présence des forces de l’ordre dans les communautés affectées;• Le ministère de l’Intérieur à réexaminer sans délai les politiques et pratiques qui limitentl’accès des ressortissants africains aux documents légaux de séjour, à rétablir un accèseffectif aux systèmes de visas, d’asile et de permis de résidence, à résorber de manièretransparente les retards administratifs accumulés et à veiller à ce qu’aucune personne ne soitplacée en situation irrégulière en raison de dysfonctionnements institutionnels. La réponse àla migration irrégulière ne saurait résider dans le harcèlement, les expulsions arbitraires ou laviolence, mais dans la mise en place d’un système de documentation efficace, accessible etrespectueux de la dignité humaine.
Aucun être humain n’est illégal.• Les responsables politiques et les partis politiques à mettre un terme à l’exploitationélectoraliste des questions migratoires, à s’abstenir de toute rhétorique anti-immigrationsusceptible d’alimenter l’afrophobie et à promouvoir un discours public fondé sur les faits, laresponsabilité et la cohésion sociale ;• La Commission sud-africaine des droits de l’homme ainsi que les autres institutions decontrôle compétentes à mener des enquêtes indépendantes et impartiales sur les violationssignalées, et à garantir aux victimes, indépendamment de leur statut administratif, un accèseffectif à la justice et aux mécanismes de réparation ;3• Les organisations de la société civile, les médias et les acteurs communautaires à renforcerles initiatives d’éducation citoyenne et de sensibilisation du public visant à combattre lespréjugés, les discours de haine et les narratifs afrophobes ;• Les chefs d’État et de gouvernement de la SADC à inscrire la montée de l’afrophobie, laprotection des migrants et la promotion de la libre circulation des personnes parmi les prioritésdu Sommet de la SADC d’août 2026, et à adopter des engagements régionaux concretsassortis de mécanismes de suivi.SAMIN réaffirme son attachement indéfectible à la dignité humaine, à l’État de droit, aux droitsfondamentaux et à l’unité de notre continent. Nous exhortons tous les dirigeants sud-africainsainsi que l’ensemble des responsables politiques de la région à privilégier la solidarité, lajustice et la responsabilité collective plutôt que la désignation de boucs émissaires, et à agiravec toute l’urgence qu’exige la gravité de la situation actuelle.Publié par :Le Réseau sur les migrations en Afrique australe (SAMIN)secretariat@samin.org.za | www.samin.org.zaDate: 02 juin 2026