Description
Mon intervention s’inspire de la situation
haïtienne d’aujourd’hui en matière d’éducation. C’est donc un effort de
description d’un cas concret pour avoir été Ministre de l’Éducation Nationale
et de la Formation Professionnelle pendant vingt (20) mois dans le gouvernement
de transition dont le mandat a pris fin le 7 février 2026.
En effet, la question
de l’accès à l’éducation passe pour être l’un des défis les plus
significatifs et les plus critiques du système éducatif haïtien. Dans le fond,
il s’agit d’une question sociétale. Car, malgré les multiples efforts consentis
par les pouvoirs publics dans le pays au cours des trente (30) dernières
années, les indicateurs de scolarisation révèlent une situation marquée par de
fortes inégalités territoriales (ville/campagne, milieu rural/ milieu urbain),
sociales et de genre. Les taux bruts et nets de scolarisation, tous niveaux
confondus, témoignent d’un système qui peine à assurer une couverture éducative
universelle, en particulier dans les zones rurales, les quartiers urbains
précaires et les territoires affectés par la crise sécuritaire. Les contraintes
économiques des ménages qui assurent les coûts de l’éducation des enfants,
combinées au poids des frais de scolarité et à l’offre publique insuffisante,
constituent des barrières majeures à l’accès et à la continuité scolaires.
Les
disparités entre départements géographiques sont très prononcées, reflétant
ainsi l’inégale répartition des infrastructures éducatives, des enseignants
qualifiés et des ressources publiques. Les filles et les enfants issus des
ménages les plus vulnérables demeurent parmi les groupes les plus exposés au
risque d’exclusion scolaire, malgré les progrès enregistrés en matière de
parité dans certains sous-secteurs tels que : le préscolaire, le
fondamental et le secondaire.
Les
inégalités de genre persistent, en particulier dans les zones rurales et
défavorisées, où les filles sont davantage exposées au risque d’abandon
scolaire en raison des charges domestiques, des mariages précoces et de
l’insécurité.
Exclusion, phénomène des suragés et
abandon scolaire On estime à environ 400,000[1]
le nombre d’enfants en âge scolaire qui demeurent en dehors du système
éducatif, principalement dans les zones rurales isolées, les périphéries
urbaines et les territoires touchés par la violence et la pauvreté
structurelle. À ces enfants hors système s’ajoutent des taux élevés d’abandon
scolaire et de sur-âge, révélateurs de parcours éducatifs discontinus et
fragilisés.
L’accélération
du phénomène des suragés dont les causes sont les redoublements répétés, des
interruptions de scolarité et l’entrée tardive à l’école constitue un défi
structurel majeur du système éducatif haïtien. 80 % des élèves qui abandonnent
l’école sont des suragés (UNESCO, 2020). Cette surreprésentation d’élèves plus
âgés que leurs camarades est particulièrement visible dès les premières années
de l’enseignement fondamental et s’amplifie au fil des cycles, contribuant à
une dynamique d’exclusion scolaire et de démotivation. En pratique, les surâgés
ont souvent de difficultés accrues de suivi pédagogique, sont plus susceptibles
de se sentir stigmatisés ou marginalisés en classe, et présentent des
performances d’apprentissage plus faibles que les élèves du bon âge, ce qui
alimente un cercle vicieux de répétitions et de décrochages (UNICEF, 2025 ;
UNESCO-IIPE, 2020).
Au
même titre que le phénomène des suragés, l’abandon scolaire reste un problème
chronique et préoccupant dans l’éducation haïtienne, affectant
significativement la progression des cohortes d’élèves. Des estimations issues
d’une analyse sectorielle nationale indiquent qu’environ 10 % des élèves
abandonnent avant la 6ᵉ année fondamentale, tandis qu’environ 40 % abandonnent
avant la fin de la 9ᵉ année, ce qui reflète une perte importante de capital
humain avant même l’achèvement de l’enseignement fondamental (UNESCO-IIPE,
2020). Les causes de l’abandon scolaire sont multiples : contraintes
économiques, instabilité familiale, déplacements internes, insécurité, faible
qualité de l’enseignement, insuffisance de dispositifs d’accompagnement
psychosocial et absence de mécanismes efficaces de remédiation pédagogique.
Les
enfants vivant avec un handicap et ceux présentant des besoins éducatifs spécifiques
demeurent largement invisibilisés dans les politiques publiques éducatives,
avec une offre très limitée de dispositifs inclusifs adaptés.
Le
taux de redoublement au niveau fondamental est estimé entre 13 % et 14 %,
tandis que le taux de décrochage scolaire atteint près de 30 %, illustrant la
fragilité profonde des parcours éducatifs.
Pressions spécifiques liées à la crise récente La prévalence de l’insécurité en Haïti a un impact
considérable sur le secteur éducatif. Cette situation délétère accélère le
phénomène des déplacés internes, et provoque la destruction et la fermeture des
établissements scolaires. En
décembre 2024, l’Organisation Internationale pour la Migration (OIM) rapporte
que 1,041,229 personnes déplacées internes (PDI) dont près de 500 000 enfants,
parmi lesquels 393 776 sont des enfants d’âge scolaire, et 4,529 enseignants
constituent l’une des conséquences de la montée de l’insécurité. Ajouté à cela,
959 établissements scolaires ont fermé leurs portes au 31 janvier 2025 (ONAPE/MENFP,
2025)
Certaines
communes d’accueil, relativement plus stables sur le plan sécuritaire, font
face à une pression démographique scolaire sans précédent, caractérisée par la
saturation des établissements, la surpopulation des classes, la pénurie d’enseignants
et l’insuffisance d’infrastructures adaptées. Cette situation délétère
compromet, à court terme, la continuité pédagogique, réduit le temps effectif
d’enseignement et d’apprentissage, risque de contribuer à la baisse du
rendement scolaire, tout en accélérant l’abandon et le décrochage scolaire. À
moyen et long terme, cette situation fragilise la gouvernance du système
éducatif haïtien et remet en cause le droit fondamental à l’éducation, en
particulier pour les enfants vivant dans les zones les plus exposées à la
violence des gangs armés et l’instabilité. Elle menace durablement la capacité
du système à assurer la cohésion sociale nationale.
La
déscolarisation massive temporaire provoquée par les déplacements forcés, la
fermeture prolongée des établissements et l’insécurité généralisée a entraîné
une perte de repères scolaires pour des milliers d’enfants, augmentant
significativement les risques de décrochage définitif.
Refondation sociale et accès élargi à l’éducation
L’un des objectifs prioritaires du PSDH dans le cadre de la
Refondation sociale est l’accroissement de l’accès à l’éducation à tous les
niveaux, avec une attention particulière portée à la scolarisation des
populations vulnérables, à l’éducation inclusive et au renforcement de la
Formation Technique et Professionnelle (FTP). Cette ambition nationale
s’inscrit dans une perspective de cohésion sociale et d’équité territoriale,
visant à réduire les disparités d’accès entre zones urbaines et rurales, entre
filles et garçons, et entre les différentes catégories socioéconomiques. La
garantie d’un accès élargi à l’éducation constitue ainsi l’un des fondements de
l’amélioration de la qualité des apprentissages et de la préparation des jeunes
aux défis du marché du travail.
L’accès à l’éducation en Haïti reste
un défi critique :
• En 2017, le problème touchait également les
tranches d’âge supérieures, avec environ 320 000 enfants âgés de 6 à 14 ans et
160 000 adolescents de 15 à 18 ans exclus du système scolaire.
• En 2021, 20 % des enfants âgés de 6 à 10 ans
n’étaient pas scolarisés, soit environ 250 000.enfants,
répartis presque également entre filles et garçons ;
• En tout, près de 500 000 enfants et adolescents
âgés de 5 à 18 ans étaient hors du système éducatif, une situation qui aggrave
les inégalités et limite les opportunités futures.
Ces chiffres traduisent une crise éducative qui
nécessite des solutions urgentes et adaptées pour offrir à chaque enfant une
chance égale de réussir.[2]
[1] https://www.haitilibre.com/article-35525-haiti-education-20-des-enfants-haitiens-de-6-a-10-ans-nesont-pas-scolarises.html?utm
[2] https://ocdinternationalfederalitudesuisse.ch